De la Thaïlande au Laos au Rythme du Mekong

February 9, 2018

 

Après la douceur de vivre de Chiang Mai, nous avions décidé d’emprunter un chemin moins fréquenté pour rejoindre notre prochaine destination : le Laos. Entre les dix heures de bus local sur des routes défoncées à donner mal au cœur aux routiers les plus aguerris, et la descente paisible du Mékong en « slow boat » à se laisser bercer par ses larges et magnifiques méandres, le choix… n’a pourtant pas été facile du tout! Vu la propension quasi pathogène de Nathalie à virer au vert de gris à la vue de la moindre embarcation, et l’incertitude quant à la gestion par les filles d’un espace restreint remué par les flots 2 jours durant, il a fallu miser sur 3 facteurs décisifs :

 

1) L’efficacité (jusqu’ici avérée) des fameux « sea-band », ces petits bracelets anti-vomitifs dont je ne vais pas me risquer ici à tenter d’expliquer un fonctionnement qui doit tenir du chamanisme et qui ne quittent plus mes femmes lors des trajets à potentiel nauséeux…

 

2) La qualité « au-dessus de la moyenne » de l’embarcation préliminairement sélectionnée par mes soins, tenant davantage de la vraie petite péniche de plaisance que du transport à bestiaux... (le « Nagi of Mekong » pour ceux qui voudraient tenter l’aventure – on recommande)

 

 

3) Le fait que, la descente du Mékong, c’était à mes yeux un incontournable, un moment fort du voyage (pour moi en tout cas) auquel ni les risques de nausées à répétition ni l’inconfort probable de banquettes en bois n’auraient pu me faire renoncer sans combattre… 

 

Bref, après une pause très agréable à Chiang Rai durant laquelle nous avons croisé une autre chouette famille en vadrouille qui nous a abreuvés de bons plans (merci Mika, Sophie, Lydie et Manon, et bonne route !) et pu admirer les splendeurs parfois très kitchs des temples bleu et blanc du coin, nous survivons au bus local qui nous emmène jusque Chiang Kong d’où, dès le lendemain, nous traversons la frontière Laotienne et embarquons pour 2 jours sur le Mékong, l’océan-fleuve, mythique et mystique à la fois.

 

 

Comme le soleil en ce premier jour, l’émerveillement tarde à éclore. Pourtant, une fois quittée la berge Thaïlandaise – sur les premiers kilomètres, le Mékong sert de frontière naturelle avec le Laos, avant d’obliquer brusquement pour ne plus appartenir qu’à celui-ci – la nature devient plus sauvage, la civilisation se cache ou disparaît ; de longues plages de sables jaunes s’enfoncent dans des eaux déchirées de milliers de rochers pointant vers le ciel, avec en toile de fond des collines qui se superposent dans des nuances de gris et de vert sauvages et photogéniques.

 

La vie opère partout, le fleuve constituant le (fameux) point d’eau des villages qui se succèdent à intervalles très irréguliers et des animaux en quête de fraîcheur : vaches, bœufs, chèvres, et même quelques rares éléphants… Même l’inévitable visite de village fleurant bon l’attrape-touriste se mue en baffe culturelle, authentique et rythmée par les découvertes des filles : les enfants nus qui courent sur des chemins de terre à la poursuite d’une chariot fait d’une bouteille de lait et de 4 roues de bois, les cochons, les canetons, les chiens et les veaux crasseux qui déambulent sans contrainte, le bouillon de rat qui chauffe au milieu de quelques femmes qui s’esclaffe à notre vue, pendant que les hommes s’affairent à construire une nouvelle maison avec des outils dont ne voudraient pas un apprenti charpentier sans le sous. S’il n’était les lambeaux avec lesquels certains semblent se vêtir et la précarité de leurs habitations, il n’y a aucune pauvreté dans leurs regards – peut-être ont-ils bien plus compris de la vie que nous, mais, tandis que nous reprenons le cours du fleuve, nous essayons de ne pas trop y penser. Le soleil brille dans le ciel, les eaux scintillent de millions d’étoiles, et nous nous laissons dériver, du bonheur plein le cœur et des sourires plein les yeux.

 

 

Une pause indispensable à Pakbeng pour passer la nuit, et nous repartons à l’aube pour notre destination finale : Luang Prabang. Mais, en cette seconde matinée, le temps est gris. Le vent est froid. Les thés et chocolats chauds ne suffisent pas à nous réchauffer, et même les petites pauses culturelles semblent fades, rendant l’ambiance bien plus morne que la veille. Rien de plus normal : on aurait voulu revivre encore un jour, cent jours, mille jours l’émerveillement et la découverte. Les filles trouvent le temps long, il n’y a pas assez de plaids sur tout le bateau pour réchauffer Nath, et je loupe, dans un accès de grisaille (autant météorologique que spirituelle), l’arrivée à bon port tant attendue. Nous sommes frigorifiés, d’humeur terne, mais nous sommes à Luang Prabang, portés par la certitude qu’un temps de Mer du Nord n’a pas sa place bien longtemps sur le Mékong. 

 

Cette seconde journée ne gâche cependant rien de l’expérience ! Ou si peu, et quelques jours plus tard, avec le recul facilité par la superbe Luang Prabang et sa météo redevenue clémente, il n’y a aucun regret, juste une légère nostalgie en repensant aux eaux dorées du Mékong tandis que le soleil s’incline sur Pakbeng. Et une fierté très égoïste : celle de pouvoir cocher sur ma liste de vie un rêve vieux de 14 ans…

 

 

 

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