Nong Khiaw et Muang Ngoi ... Ici, c'est le Nord.

February 13, 2018

Du 10 au 13 février 2018

 

 

180 kilomètres séparent Luang Prabang de Nong Khiaw, passage obligé pour rejoindre Muang Ngoi. 180 kilomètres, c’est 3h30 de routes tortueuses à l’arrière d’un mini-van avec pour copains de cabines, 4 chinois qui apparemment ne s’étaient pas vu depuis 6 mois et qui, lorsqu’ils ne se racontaient pas bruyamment leurs vies respectives, n’hésitaient pas à pousser la chansonnette... Bref, si entendre une langue étrangère pendant son sommeil favorise l’apprentissage, je peux affirmer qu’Adèle est désormais parfaite bilingue français-mandarin !

 

Un deuxième vomito au compteur de Nelle plus tard, nous voici à Nong Khiaw, toute petite bourgade reculée qui ne présente – selon moi – que deux points d’intérêts : son embarcadère pour Muang Ngoi (que nous emprunterons le lendemain) et son point de vue situé au sommet d’une des collines environnantes.

Ayant programmé Muang Ngoi pour les deux prochains jours, il nous restait donc à gravir les 450m de dénivelé positif pour avoir la chance de contempler ce paysage tant apprécié des back-packers passés par là ! Après mûre réflexion familiale, nous décidons que Stef montera seul avec Nelle pendant que je garderai Adèle. Et on a fait le bon choix puisqu’au départ de la rando, Stef a dû quasiment négocier l’autorisation pour monter si tardivement avec Nelle – encore considérée comme « a baby ». L’égo de la fille étant au moins aussi sensible que celui de son père, elle gravit tout cela en 55 minutes bien tassées, soit seulement 10 petites minutes de plus que les locaux aguerris mais surtout… 35 minutes de moins que la moyenne des touristes lambda et 5 de moins que ceux considérés comme « grands sportifs » (ce n’est pas moi qui le dit, c’est inscrit en lettres rouges sur l’écriteau au centre du village). Le papa est fier, Nelle jubile, et en plus, ils ne sont pas montés pour rien : l’ascension valait vraiment le coup, la vue à 360 degrés est époustouflante et le coucher de soleil fantastique (oui, parce qu’il sont redescendu à la frontale, en plus…).

 

 

Au-delà du point de vue, c’est ici que nous découvrons une façon de vivre plus « laotienne » (pas celle de Luang Prabang…). Ici, il ne semble y avoir que deux vitesses : lent et arrêté. Fini le chronomètre et l’organisation à la thaï ! Ici le bus part quand il est plein, le bateau quand la vague est bonne.

Ici, tu peux recevoir ton apéritif au beau milieu de ton repas, mais tu ne dois pas t’en offusquer… C’est déjà pas si mal de l’avoir eu ! Ici tu apprends à attendre : on te cuisine ton plat minute et cela plat par plat (miam).

 

A la première belle vague donc, nous prenons le bateau au petit matin (10h30 ^^) pour Muang Ngoi. Suite à la lecture des guides et autres commentaires TripAdvisor, nous étions prêts à prendre notre mal en patience, à nous retrouver serrés comme des sardines et à devoir jouer des coudes pour prendre un petit cliché sur ce parcours d’une heure aux décors grandioses. Que nenni ! Avec une petite demi-heure de retard, les bateaux sont là. Étant arrivés avec les poules, nous pouvons monter dans le premier mais, sous le regard ahuris des 60 autres touristes, on autorise seulement 7 personnes à monter à bord. Alors qu’on bonde les autres embarcations, nous entendons l’un de nos heureux compagnons penser à voix haute un « It’s to good to be true »… Il ne croyait (presque) pas si bien dire car à peine 100m plus loin, panne moteur ! Notre pilote et son co-pilote ont beau s’afférer, rien ne se passe… Les 60 jaloux deviennent moqueurs et on ne peut pas leur donner tort ! Mais… c’était sans compter sur les nouveaux amis de Nelle : un iranien - mécano en son pays - qui, poussé par son ami coréen (il se passe des trucs bizarres ici…), n’a eu besoin de chipoter au moteur qu’une seule fraction de seconde pour que le miracle se produise dans l’hilarité générale !

 

 

Une petite heure plus tard, après en avoir pris plein la vue tant les paysages traversés mêlés aux couleurs magnifiques que donnait ce soleil qui se levait derrière les montagnes étaient vraiment époustouflants, nous arrivons en terre promise : Muang Ngoi.

 

Petite déception sur le chemin de la Guesthouse (River View Bungalows) :  la seule et unique rue du village est en travaux mais genre… les gros travaux ! Elle doit être bétonnée dans les prochains jours, afin de permettre une accès au village par voie terrestre. Cela va clairement changer la donne dans le coin… On peut se considérer soit chanceux de pouvoir observer le village tel qu’il est depuis des lustres, avant l’invasion, soit tristes en imaginant ce qu’il deviendra dans un futur très proche, envahi de minibus, de mobylettes, transfiguré sur l’autel implacable de la modernité. Bref, on a fait la dernière photo d'enfants sur la route principale de terre battue...

 

Le lendemain, nous partons pour un trek de 14 kilomètres avec pour objectif le village de Bana – un petit village reculé au milieu des rizières – en passant par une grotte dans laquelle les laotiens de la région se réfugiaient pendant les bombardements de la guerre du Vietnam.

Au-delà de notre étonnement quant à la capacité d’Adèle à marcher avec ses propres pieds (elle a tendance à un peu trop privilégier les épaules de papa lorsque l’effort dépasse les 150 mètres…), on en a profité pour avoir une grande discussion sur ce pays en transition : ce Laos que Stéphane a connu il y a 14 ans, ce Laos que nous traversons, ce Laos que nos filles (re)découvriront peut-être un jour.

 

Si notre regard de touriste égoïste est triste et que nous avons, à chaud, seulement envie de nous dire que le Laos perd progressivement de son authenticité sous les coups de bulldozer du grand frère Chinois – construction de barrages, de centrales hydroélectriques, de voies ferrées, de ponts, de routes, de complexes hôteliers, partout, sans trop se soucier des impacts écologiques et humains – il faut sans doute relativiser. Les laotiens que nous avons rencontrés semblent heureux de ces changements. Actuellement, le pays a un réseau ferroviaire long de … quelques mètres ! L’amélioration du réseau routier va quant à lui probablement permettre à une bonne partie de la population de vivre mieux (que ce soit par le vecteur touristique ou le simple confort de vie des autochtones – oui, ici, on marche encore 50 minutes deux fois par jour afin d’être scolarisé).

 

 

Nous sommes aussi estomaqué par leur gestion des déchets – on ne s’attendait pas à une gestion façon Intradel et tri sélectif, mais tout de même... Lorsque sur la piste menant à Bana, tu croises le camion-poubelle qui fait un aller-retour trop rapide, tu te demandes naïvement ou se trouve la décharge…

Quand quelques heures plus tard, tu vois une colonne de fumée épaisse jaillissant au beau milieu de la jungle, tu obtiens ta réponse…

 

Il ne faut pas se méprendre : nous avons adoré Muang ! Le trek était génial, surtout le retour au travers des rizières, sans aucune indication quant au chemin à prendre à travers vache et buffles (merci maps.me). L’atmosphère feutrée du village, le côté tranquille et souriant des habitants, c’est une belle tranche de Laos dans laquelle nous avons mordu à pleine dent. Visiter quelques maisons, observer que le mobilier consiste bien souvent uniquement en un tapis au sol, deux blocs de béton et une planche de bois pour supporter une télévision made in URSS, voir les enfants courir vers l’école pieds nus, crasseux mais heureux, c’est également une belle leçon, tant pour les filles que pour nous. 

 

 

 

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