Sen Monorom et Banlung - Voyage en Terre Rouge

April 1, 2018

du 27 mars au 1er avril.

 

 

Dans la moiteur d’un début de soirée à Kampot, un couple de français me harponne tandis que je prends doucement le chemin du bungalow après une autre soirée à refaire le monde avec nos nouveaux amis canadiens. Ils prétendent nous reconnaître d’une pause commune sur notre route vers Siem Reap, 3 semaines plus tôt. Sauf qu’eux prenaient le chemin inverse, vers le Ratanakiri puis le Mondolkiri, les « hauts » plateaux de l’Est cambodgien.

 

Rapidement encombré d’une nouvelle bière, ils me vendent les lieux comme un marchand de souk le ferait d’une paire de babouches. Cependant, moins que les superlatifs utilisés dans les détails de leurs descriptions, c’est surtout l’information de l’existence d’une route directe entre les capitales des deux régions qui titille mon intérêt (route qui n’apparait pas directement dans mon guide…).

 

L’idée de base depuis Kampot était de remonter vers Kratie (via une nouvelle halte à Phnom Penh, récemment commentée par Nathalie) pour tenter d’apercevoir subrepticement l’ombre du fantôme d’un dauphin d’eau douce, puis passer par Stung Treng puis Banlung pour une nouvelle courte pause avant le Vietnam. Le programme m’enthousiasmait peu, surtout à cause des longues heures de bus qu’il impliquait. Disons que le ratio Effort/Plaisir ne me paraissait pas très favorable…

 

La découverte qu’une route « praticable » (lire « majoritairement goudronnée ») existait bel et bien entre les deux régions, et qu’elle était susceptible de nous faire gagner presque 6h par rapport au plan initial, m’a fait donc complètement revoir notre programme. On oublie Kratie et ses dauphins-fantômes, on improvise un saut vers Sen Monorom (la capitale du Mondolkiri), ses treks, ses réserves d’éléphants, ses villages ethniques profondément ancrés dans leur culture millénaire. De là, direction Banlung et ses cascades, son cratère d’eau cristalline, ses villages ethniques profondément ancrés dans leur culture millénaire (oui, là aussi).

 

 

Après quelques heures d’une route en bon état mais d’un chauffeur qui l’était nettement moins (j’ai encore pu voir ma vie défiler devant les yeux un certain nombre de fois… notez bien que cela est arrivé si souvent sur les routes du Cambodge qu’on ne peut plus parler ici de quelques flashs sensoriels, mais bien d’une profonde et récurrente introspection), nous arrivons en un seul morceau à Sen Monorom.

 

 

Ville sans trop de charme, perdue dans des collines parfois chauves ou couvertes de conifères au tronc ployé – c’est que le vent souffle pas mal par ici – elle sert de camp de base pour les différentes possibilités d’excursions et de balades dans les campagnes et jungles alentours. Un rapide tour d’horizon, et nous nous rendons malheureusement compte que celles-ci ont un prix presque prohibitif et sont de plus très peu adaptées aux enfants : 200 dollars pour un guide à la journée, 24 kilomètres de trek dans la jungle,… On opte finalement pour un tour « classique » : un tuktuk loué à la journée avec un chauffeur qui baragouine quelques mots d’anglais, et, après la visite d’une maison de village aux sourires factices, d’une plantation de café dont nous n’avons pu que humer rapidement le grain tombé à terre et une paire de points de vue tout à fait évitables, on se rend vite à l’évidence : le coin n’est pas fait pour notre configuration budgétaire et familiale.

 

Et ce ne sont pas les rares morceaux plus mémorables de la balade – moments volés à une cérémonie de mariage durant laquelle les filles ont fait fureur dans des petits habits traditionnels revêtus pour l’occasion ; moments improbables lorsque notre chauffeur maniaque plonge son véhicule dans l’eau d’une rivière pour un car-wash et un lustrage improvisé tandis que nous baignons au milieu des mouchettes et des moustiques en l’attendant – qui sauvent véritablement la journée.

 

 Devant cet implacable constat, nous décidons d’avancer notre départ d’un jour, un peu défaits et un poil coupables d’avoir si « mal » préparé l’endroit (qui selon moi en vaudrait sans doute la peine, mais avec davantage de budget et nettement moins d’enfants), et de remonter d’une traite donc vers le Ratanakiri, sans réelle conviction. Le lendemain, 2 petites heures de route – comme promis, ceci effaçant presque d’un coup d’un seul l’aigreur de notre pause trop rapide dans le Mondolkiri – et le minibus nous dépose sous un ciel gris et bas dans l’artère principale de Banlung.

 

Si Sen Monorom paraissait avoir quelqu’attrait avec son marché du soir et ses dénivelés apparents, Banlung ressemble de prime abord à une ville de banlieue tout droit sortie d’un bloc de l’Est.

 

Terne, suffoquant sous une poussière rougeâtre caractéristique qui remplit l’air comme une bruine de printemps, nous nous disons d’abord que le Vietnam ne saurait venir assez vite (il nous reste alors 3 jours à attendre la validité de notre visa), et qu’il va falloir trouver comment passer le temps.

 

Un jugement bien trop rapide et terriblement erroné.

 

Banlung, c’est un peu cet œuf de caille qui attend parmi tant d’autre sur un stand de street food : une carcasse sale et peu engageante, mais un plaisir délicat si l’on prend le temps (et le courage ^^) d’y goûter. Entre l’observation des quelques cascades environnantes – aucune renversante, mais chacune plaisante à sa manière, avec une mention spéciale pour celle de Ka Teang et son pont suspendu –, le marché central de la ville – sans doute le plus authentique que nous ayons pu faire au Cambodge – et les eaux presque tièdes du Boeung Yeak Laom, ce cratère aux origines mystérieuses, chacun y trouve rapidement son compte !

 

Mais ce qui marque vraiment (au sens propre comme au sens figuré d’ailleurs), ce sont ces routes de terre rouge et ocre que l’on arpente pour passer d’un endroit à un autre, explosant parfois sous l’effet du vent ou des roues de 4*4 en nuages impénétrables, et qui donnent aux plantations, aux villages isolés et aux âmes qui les habitent (l’homme, l’animal, l’arbre, tous unis sous une même couche uniforme) un aspect unique, improbable, presque hors du temps.

 

 

Banlung s’est posé là, surprenante et délicieuse conclusion à notre périple cambodgien.

 

Trois jours passés trop vite ; une page se tourne, le Vietnam se découvre et la terre rouge s’efface et disparait de l’horizon. Si elle mettra juste quelques jours à quitter complètement nos poches, nos peaux incrustées et sans doute nos poumons, elle restera certainement et pour bien plus longtemps dans nos têtes comme le symbole d’une des découvertes les plus intéressantes et inattendues de notre petite escapade.

 

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