Lettre à Hanoï

April 15, 2018

du 11 au 15 avril

du 17 au 19 avril

du 22 au 23 avril

 

 

 

Ma très chère Hanoi,

 

Toi et moi, on peut dire que cela avait plutôt mal commencé.

 

Sans doute la faute à la pression que je me mettais concernant le visa chinois, et au fait que tu en étais l’ultime chance. Tu sais, tu as un peu appris à me connaître maintenant, je n’aime pas qu’on me force la main ; je n’ai jamais aimé ça. Alors me dire en arrivant de Tam Coc « ça passe ou ça casse », remettre en question la suite de l’escapade juste parce que l’itinéraire imaginé passait inévitablement par un bout de papier que toi seul pouvait me donner ; imaginer le pire, et, au petit matin de mon premier jour avec toi, le vivre, bref, ça ne pouvait que mal débuter.

 

Mais je ne suis pas seul fautif. Il faut dire que, de prime abord, il est facile de te sentir un peu lointaine, voire austère ; noyée dans le bruit pétaradant de ton milliard de vélomoteurs en mouvement continu, bousculée entre différents mondes, indécise, comme l’épicentre d’une gigantesque collision entre culture millénaire et modernisme galopant, tout comme moi tu n’as pas dévoilé tout de suite ton meilleur profil.

 

Au second jour de notre rencontre, je me lève un peu avant 4 heures du matin, la faute à ce visa qui s’est refusé à moi la veille, ce qui n’a rien arrangé à notre relation. Littéralement pris dans un combat de rue pour accéder aux premiers strapontins – synonymes d’une prise en considération qui m’avait été refusée la veille – je finis par me détendre un peu lorsqu’il est clair que je ne suis pas trop mal positionné. A ce moment-là seulement, dans les 3 heures qu’il me reste à attendre vautré sur un minuscule tabouret de plastique sur le trottoir de l’ambassade de Chine, je prends le temps de t’observer un peu mieux. De te découvrir.

 

Comme moi, tu t’es éveillée aux petites heures ; sauf que toi tu le fais chaque matin. Tu bouillonnes de vie dès l’aube, une vie trépidante, une vie de sourires et de courage, une vie qui ne se pose pas de questions. L’oppression initiale a rapidement fait place dans mon esprit a une sorte d’envoutement étrange, une apaisante quiétude largement favorisée par le fait que, oui, finalement, tu allais me le donner, ce sacré papier. Ce n’est qu’une fois les doutes dissipés que j’ai pris ta main, et que tu as pris la mienne.

 

Ton vieux quartier frémissant d’activités, ton petit lac autour duquel il fait bon voir le temps glisser, tes restaurants de rue qui demanderaient toute une vie pour en essayer chaque délice, et cette foule qui, lorsqu’elle ne balance pas ses coudes pour une place de choix devant une quelconque ambassade, t’abreuve d’attentions, de rires, de respect ; autant te dire que, passée l’appréhension mutuelle initiale, tu n’as pas mis longtemps à me conquérir. L’inverse est-il également vrai ? Je me plais à le croire, car l’amour d’une ville, ce n’est pas comme l’amour d’une femme : il est réciproque, ou il n’est pas.

 

Ma très chère Hanoi… Je t’ai laissée une première fois pour chercher quelque chose, autre chose, sur la Baie d’Halong – tu pourras en lire notre compte-rendu très prochainement. Mais ne sois pas jalouse ! Aussi fabuleuse que celle-ci ait pu être, elle manque bien trop de vie pour pouvoir me retenir très longtemps. Au retour, les choses avaient déjà changé : lors de notre première rencontre, j’étais timide, tu étais timorée ; j’étais en colère, tu étais agitée. Cette fois, je t’ai embrassée dès le départ, et tu m’as pris dans tes milliers de bras, ruelles tentaculaires dont on ne s’échappe pas, il fait tellement bon s’y perdre.

 

Comme pour officialiser notre amour naissant, nous y avons retrouvé des amis, venus de tellement loin pour partager un bout de notre escapade familiale. Quel bonheur fut le mien de pouvoir te présenter, leur dévoiler tes atours comme si nous étions amis, amants depuis toujours. Quel bonheur fut le mien de voir qu’ils ont plongé eux aussi sans hésiter, tête baissée dans ton atmosphère si particulière, à la fois reposante et extatique. Quel bonheur fut le mien d’en découvrir encore davantage à propos de toi, comme si une confiance mutuelle et indéfectible s’était finalement installée entre nous.

 

Une nouvelle fuite, courte halte à Cat Ba, et nous nous retrouvons pour une troisième et dernière valse. Juste une soirée trop courte, trop belle. J’ai quitté le bal trop tôt, fatigué de l’activité des jours précédents, sans même te laisser en souvenir mon soulier de verre (ou celui de Nathalie, parce que sur moi, cela paraitrait un peu étrange). Et je suis parti au petit matin, te laissant à peine éveillée, afin de découvrir le Nord, ton Nord, et glisser progressivement vers la Chine. Je m’excuse de t’avoir laissée ainsi, sur un adieu tellement discret, tellement fugace. Mais je suis sûr au fond de moi que désormais, tu pourras me pardonner.

 

Tu sais, ma très chère Hanoi, tu ne laisseras jamais personne indifférent. Certains te critiqueront pour cette incessante et frénétique activité qui fait ton quotidien. D’autres ne trouveront en toi rien de spectaculaire : ni les dorures de Bangkok, ni les palais de Phnom Penh, ni la quiétude de Luang Prabang… Certains enfin diront de toi que tu es sale, triste, bruyante, grouillante, corrompue, et autres adjectifs marqués d’aigreur et de pusillanimité. 

 

Laisse-les donc dire ; vouloir trop plaire, c’est le plaisir des moches.

 

Tendrement,

 

Stéphane.

 

 

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