Xi'an - Petite Escapade au Pays Des Lemmings!

May 21, 2018

du 18 au 21 mai

 

 

Qui se souvient des Lemmings ?

 

Je ne parle pas du petit rongeur bien réel vivant en région arctique ; j’évoque ici ces minuscules créatures écervelées à robe bleue et aux cheveux verts, tentant de survivre dans des niveaux alambiqués truffés de dangers mortels. Ne cherchez pas, il s’agit d’un jeu vidéo sorti dans les années 90, et sur lequel j’ai passé des heures à m’arracher les cheveux. Les lemmings arrivent toujours en masse, avançant à la queue-leu-leu sans réfléchir, toujours tout droit quel que soit le danger qui se présente, ne faisant demi-tour que lorsqu’ils rencontrent un obstacle infranchissable. Le joueur contrôle les personnages de manière indirecte, en leur attribuant ponctuellement des aptitudes particulières – genre : placer des murs, creuser des trous, construire des escaliers,… – visant à leur éviter de rester bloqués, voire de mourir bêtement à la chaîne.

 

 

 

Quel rapport avec Xi’an, capitale de la province du Shaanxi, et l’une des 10 plus grosses villes de Chine avec ses quelques 10 millions d’habitants (au bas mot) ? Je vais y venir, un peu de patience…

 

Xi’an, c’est pour nous davantage un passage obligé dans notre lente remontée vers Pékin qu’une vraie volonté d’escapade. Obligé, parce qu’il permet pas mal d’économies, les vols directs entre le Yunnan et la Capitale étant hors de prix ; prendre un avion pour le Shaanxi puis remonter progressivement en train vers Pékin nous revient presque 2 fois moins cher, l’itinéraire est donc tout indiqué. Puis, tant qu’à faire, puisque nous sommes là, nous ne pouvions pas ne pas nous rendre un peu plus à l’Est, là où repose la célébrissime armée de terre cuite, avec ses milliers de soldats attendant le réveil de leur empereur – ou l’aidant à régner par-delà la mort, les versions peuvent varier.

 

Tout le monde a déjà vu en photo (ou lors d’une insomnie dans un documentaire Arte) ces impressionnantes statues de terre, toutes différentes – depuis l’expressions de leurs visages jusqu’aux lacets des chaussures. Découverte archéologique majeure, toujours en cours d’excavation et de reconstitution, le site de Xi’an fait partie des quelques rares endroits que l’on se sent un peu forcé d’aller visiter au cours de notre petite escapade avant tout parce qu’on y est, sous peine de passer pour inculte / ignare / blasé aux yeux de notre bonne conscience et à ceux du reste du monde. Pas que cela ne nous intéresse pas, loin de là ! Mais nous craignions la déception, la démystification, la réalité grise qui prendrait définitivement le pas sur l’imaginaire onirique.

 

Bref, nous vendons l’idée aux filles, rapidement emballées par le mystère englobant l’endroit, et démarrons au petit matin sous un ciel sombre et menaçant. Depuis les remparts Nord de Xi’an, nous suivons au pas de course les invectives d’une des dizaines de rabatteuses dont le rôle consiste à remplir le plus vite possible l’un des innombrables bus se rendant sur le site. Ça court dans tous les sens, et c’est limite si les bus prennent le temps de s’arrêter, tant le flux de passagers est continu, et ça n’augure rien de bon pour la suite. On avait choisi de viser les premières heures d’ouverture, afin d’éviter la masse ; manifestement, d’autres ont eu la même idée.

 

Après une grosse heure ponctuée d’arrêts violents et de redémarrages qui l’étaient tout autant, dans l’unique but d’encore remplir davantage une carlingue qui déborde déjà de partout, nous arrivons sur les lieux, et le doute (l’espoir ?) n’est plus permis : la foule afflue de toute part, par cohortes entières suivant chacune leur guide respectif, celui-ci tenant invariablement un gueulophone dans une main – c’est qu’il s’agit de crier plus fort que celui du groupe d’à côté ; un bon guide chinois doit sans doute être évalué aux décibels produits – et un parapluie ou un selfie-stick levé dans l’autre, afin de maintenir le troupeau à vue.

 

 

Si Lijiang, voire Dali nous avait déjà donné un avant-goût du tourisme de masse à la chinoise, nulle part avant cela (pas même à Angkor) nous n’avions expérimenté une telle affluence sur un espace aussi limité : 3 hangars, chacun proposant son chemin tout tracé pour admirer les excavations en cours, et les groupes de milliers de touristes chinois qui, tels des lemmings, avancent sans réfléchir, écrasant et emportant tout sur leur passage – en ce compris le pauvre visiteur qui aurait l’imp(r)udence de s’attarder un peu trop pour une photo ou une simple pause contemplative. Ils ne s’arrêtent qu’aux injonctions de leur guide, bousculant et jouant des coudes pour prendre LA photo, puis repartant comme d’un seul homme dans un mouvement de balancier digne d’une gigantesque mêlée de rugby. Suivre celui qui précède, tête baissée, sans dévier ni se détourner semble être une question de survie.

 

 

Nous aurions presque pu trouver ça intéressant, voire amusant, cette tranche de culture locale qui se mêle à la dimension historique et mystique du lieu, si nous n’étions pas perpétuellement en train de devoir physiquement protéger notre propre progéniture de ces masses "décérébrées". C’est qu’il aura fallu plus d’une fois sortir la boîte à baffes – non pas pour un arrêt photo dont nous pouvons aisément nous passer, mais pour encadrer et escorter Nelle et Adèle, souvent submergées et observant, incrédules, papa et maman se frayer un chemin dans la marée humaine : juste pour en sortir en un seul morceau, échapper à la suffocation, éviter tout simplement de les perdre sans garantie aucune de jamais les retrouver en l’état (spéciale dédicace Papou ^^).

 

Nous réalisons rapidement qu’il nous faut abréger la visite, sous peine d’être dégouté de cette Chine qui nous a tant offert jusqu’ici. Parce que le Chinois, pris individuellement, est souvent adorable, curieux et attentionné ; pourtant, dès qu’il est en groupe, il devient bruyant, rustre et assisté à l’extrême, avec toujours ce besoin vital d’instructions simples et claires pour agir et se déplacer.

 

Oui, exactement comme les Lemmings.

 

Ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas dit : il s’agit clairement d’un gouffre culturel entre nos manières d’être respectives, nos principes fondamentaux de civilités, au même titre que les reniflements et crachats, les toilettes collectives ou à l’extrême opposé le rituel infini du thé. C’est aussi l’idée fondamentale d’un voyage que de découvrir et s’imprégner des modes de fonctionnement des autres, de tenter de les comprendre ou – à défaut – de les respecter. Pourtant, l’écart entre l’attitude individuelle et le comportement collectif est tellement ahurissant que, près d’un mois après avoir posé le pied en Chine, je n’ai toujours pas réussi à me positionner sur la question.

 

Il nous reste donc comme un goût amer de cette inévitable visite de l’armée en terre cuite de Xi’an. Pouvoir dire qu’on y est allé, que la belle photo, ce n’est pas la carte postale, c’est nous qui l’avons faite, c’est tout simplement trop juste pour justifier le détour. Heureusement, pour le reste, Xi’an – la ville cette fois – s’est révélée être une très belle surprise : des remparts qui se parcourent en tandem (après d’âpres négociations – fermes, mais zen – avec deux fonctionnaires trop zélées qui étaient bien décidées à laisser Adèle sur la touche), un centre-ville sous néons et stéroïdes, et un quartier musulman coloré et animé, nous y avons trouvé notre bonheur une fois encore.

 

 Juste assez pour réaliser que ce bonheur, en fait, ça fait malgré tout un paquet de temps qu’il ne nous a plus lâché…

 

 

 

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