Pingyao – Paisible Interlude

May 23, 2018

Du 21 au 23 mai.

 

 

Dernière étape avant notre sprint final sur Pékin, la ville de Pingyao n’avait au départ rien d’intentionnel : absente de l’itinéraire initial, absente de nos itinéraires revus mille fois depuis lors, elle n’était qu’une option possible parmi la multitude que propose la Chine. Cependant, après Xi’an (12 millions d’habitants) et avant la capitale (20, 25, 30 millions, en fonction des interlocuteurs), un interlude à taille plus humaine semblait nécessaire. Posé presqu’exactement à mi-chemin entre les deux, Pingyao avait en plus le bon goût de proposer, sur papier, un retour à la Chine « d’avant », avec une vieille ville cerclée de remparts en terre rouge, des quartiers faits de mignonettes maisonnettes en bois massif, et des habitants y vivant nonchalamment, sans se travestir sur l’autel du tourisme galopant, comme si là-bas, le temps s’était un peu arrêté.

 

Nous quittons donc Xi’an en train express, sous un ciel lourd et chargé, après une course en taxi d’une grosse demi-heure pour nous mener jusqu’à la gare extérieure ; course mal vécue par Nelle qui aura eu la bonne idée de laisser un peu d’elle-même (enfin, surtout de son petit-déjeuner) sur la banquette arrière ainsi que dans la portière d’un chauffeur jusqu’ici plutôt sympathique. En voyant l’état de son véhicule, l’attitude a brusquement changé malgré nos plates excuses et le généreux dédoublement des émoluments prévus par son compteur. J’ai pensé un instant qu’il allait nous poursuivre jusque dans le wagon, mais un agent de sécurité lui ayant fermement demandé de dégager l’entrée, il s’en est retourné en maugréant, nous laissant seuls sur le trottoir avec nos boîtes de lingettes. En Chine, ça ne rigole pas avec les injonctions, et pour une fois, celle-ci était plutôt à notre avantage…

 

Quelques 3 heures plus tard, le train arrive en gare de Pingyao, où le ciel a manifestement décidé d’exploser et de déverser toute sa rage d’un seul coup. Une pluie torrentielle s’abat sur des boulevards vides et inondés, nous empêchant de voir bien au-delà du capot du taxi qui nous emmène jusqu’à la vieille ville, et c’est plutôt heureux car, comme souvent en Chine, la « nouvelle » ville n’a absolument rien d’attrayant : succession de constructions en cours ou tout juste terminées, plus ou moins étagées, avec en arrière-plan des usines à charbon répandant, les jours de temps sec, leurs poussières et leur suie sur les campagnes environnantes. On les devine à peine entre les gouttes et malgré la brume épaisse, avec cette fois l’espoir forgé par l’expérience qu’une fois arrivé à bon port, les choses seront bien différentes.

 

Et c’est encore une fois le cas : dès la porte Est des remparts franchie, on bascule dans un tout autre monde. Les boulevards se muent en ruelles sinueuses (et accessoirement, pour l’heure, complètement noyées) trop étroites que pour ne pas y écorcher une jante, les petites maisons de bois aux devantures gravées se succèdent, portes ouvertes malgré le déluge sur leur petite cour intérieure pleine de vieilles pierres colorées. Ça sent bon le Chine telle qu’on aime l’aimer, mais il nous faudra attendre le soir que les cieux se calment un peu pour en avoir le cœur net.

 

Trois rues principales bercées de centaines lanternes rouges qui se balancent au vent, le bruit de la pluie qui cesse et des gouttes qui glissent des charpentes dans une odeur de forêt humide, un calme étonnant (mais tout relatif : on est en toujours bien en Chine) pour un site classé à l’UNESCO – c’est qu’on a appris à se méfier, vu nos expériences précédentes en la matière – bref, nous sommes rapidement sous le charme.

 

D’autant plus qu’au petit matin du lendemain, le soleil brille dans un ciel azur, nous laissant découvrir la ville sous son meilleur profil : toujours à notre rythme, errant tantôt dans des ruelles presque désertes loin des échoppes à souvenirs, tantôt par-delà les remparts dans un parc verdoyant à regarder danser des cerfs-volants. On devine à peine les retombées (malheureusement bien réelles) de charbon venues de l’usine voisine, on évite astucieusement les quelques emplacements stratégiques rapidement envahis de hordes locales (télé)guidées, on laisse passer le temps, les corps et les cœurs réchauffés par un soleil sans faille. Une journée de rien de tout, une journée trop courte, passée trop vite : c’est souvent à cela que l’on reconnaît les meilleures.

 

Après la frénésie des statues de terre cuite de Xi’an, avant la plongée brutale dans les hutongs de Pékin, la petite bourgade de Pingyao s’est posée là, presqu’improvisée, sans véritable attente, halte paisible sur notre route vers la Capitale.

 

Un bien bel interlude, en vérité…

 

 

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