Les Alpes Japonaises - Une Valse à Trois Temps

June 25, 2018

du 18 au 25 juin. 

 

 

J’entends déjà le lecteur attentif et toujours impatient de savourer nos bafouilles crier au scandale : « Sont-ils à ce point en retard dans leurs (magnifiques) comptes-rendus qu’ils décident de faire un tir groupé ? N’ont-ils donc plus rien à raconter ? L’inspiration vient-elle à manquer ? ». Et rapidement nous taxer de fainéantise, d’imposture, d’égocentrisme, bref... de voyageurs de pacotille.

 

Qu’il se rassure, il n’en est rien ! Toujours avide de partager nos expériences et nos ressentis, la décision de dresser d’un seul trait notre escapade dans le cœur du Honshu tient au fait que, dans notre conscient collectif, une étape ne va pas sans l’autre. Mises les unes à la suite des autres, elles constituent un tout indissociable, une valse en trois temps nous faisant traverser presqu’en dansant les Alpes Japonaises depuis la côte Nord-Ouest jusqu’à la région de Tokyo.

 

Le premier pas de cette valse, le « pas de base », nous emmène à Kanazawa, petite ville sur la Mer du Japon réputée pour ses fruits de mer et ses jolis jardins ; ce qui tombe plutôt bien, puisque nous raffolons des deux. Il faut observer la minutie extrême avec laquelle les Japonais prennent soin de chaque minuscule brin d’herbe, taillent la plus petite branche du plus insignifiant des arbres et lustrent les plus minces galets au fond de chaque étendue d’eau jusqu’à faire disparaître la moindre trace de mousse ou de terre pour ne serait-ce qu’appréhender juste un peu la dimension physique et spirituelle que ces jardins revêtent dans la culture locale. Il y plane une sensation d’harmonie, de plénitude, de fusion élémentaire – pierre, eau, verdure – qui toucherait presqu’au divin. Oui, je m’emballe, mais qui ne le ferait pas à la contemplation de la perfection, consciencieuse combinaison de la nature sauvage et de la main de l’homme ? Même les filles, initialement peu motivées à l’idée de déambuler des heures sans but réel, ne peuvent qu’admirer. Et lorsque nous terminons notre balade par une pause méditative sur un rocher plat posé au bord d’un étang, une légère cascade d’eau bruissant à quelques mètres au milieu d’un buisson d’hortensias parfaitement taillé, elles ne voudront plus quitter, malgré les promesses du château situé dans le parc d’à-côté. Tandis qu’au loin, à l’horizon, se dressent les montagnes, les vraies, dont quelques sommets toujours blanchis de glaces éternelles.

 

Le second pas est celui du « rapprochement », lorsque les pieds s’entrecroisent dans un geste chaloupé mais mesuré, afin d’éviter d’écraser ceux de l’autre.

Pour nous, il s’agit de rentrer de plein pied au cœur de ces montagnes que l’on admirait tant depuis les jardins de Kanazawa. Le bus qui nous y amène serpente entres gorges et forêts pour atteindre après 2 petites heures à peine la bourgade de Takayama, avec ses quartiers traditionnels dans lesquels samouraïs et ninjas se disputaient les faveurs d’une geisha autour d’un godet de Saké – ce qui, vu le nombre de distilleries du coin, devait leur valoir pas mal de réveils difficiles. Nous profitons de cette paire de jours pour un nouvel onsen (bain thermal public), celui-ci en plein air avec juste les montagnes pour nous observer dans notre plus simple apparat. Le bonheur, n’est-ce pas justement cela : pouvoir gambader nu comme un ver d’une source chaude à l’autre sous un soleil d’altitude, avec juste une petite serviette de coton blanc nouée autour du crâne ou posée sur les épaules ? Oui, après 7 mois d’aventures diverses et variées sur les routes d’Asie, le bonheur tient à peu de choses…

 

L’ultime pas de cette valse, le « déroulé », lorsque les corps s’inclinent et pivotent entrainés par un mouvement de rotation du bassin, nous emmène à Matsumoto, célèbre pour son Corbeau, gigantesque château de bois (le plus grand du genre au Japon) planté au cœur de la ville et destiné à démontrer la grandeur du clan local à l’époque trouble où le Japon se déchirait de l’intérieur. Trésor national cerclé de montagnes pointant à plus de 4000 mètres d’altitude, il devait être le clou de notre étape ; les hasards du calendrier en ont décidé autrement. Parce sur le même temps de notre présence se déroule le « cultissime » (ou, s’il ne l’est pas encore, il ne tardera pas à le devenir) festival de la grenouille : l’occasion pour nous de confirmer si besoin en était encore la propension du Japonais à l’autodérision probablement inconsciente mais totalement assumée. Un quartier entier bouclé en l’honneur de l’amphibien, cortège de grimages folkloriques et de déguisements improbables, puis l’inévitable farandole populaire dans lequel Nath puis les filles – facilement remarquables au cœur de la foule éparse – ne manquent pas de se laisser embarquer. Blindé de souvenirs et d’éclats de rire, notre Matsumoto devient bientôt « Mmmmmmaaaaatsumotooooooo » –  mode d’emploi : bien ronfler le MA initial, accélérer la partir centrale et rouler à l’excès le O final, sourcils froncés et l’air pas content du tout – et le restera sans doute à jamais.

 

Notre traversée des Alpes Japonaises concentrées dans une valse à 3 temps : le « pas de base », l’introduction confinant à l’harmonie parfaite ; le « pas de rapprochement », ou la plongée tête baissée dans le vif de la montagne et de l’histoire du Honshu ; et enfin le « déroulé », ce moment où tout comme le corps, l’esprit bascule dans un délire typiquement nippon.

Pour quelqu’un qui ne sait pas mettre un pied devant l’autre dès qu’on tente de lui imposer un rythme musical d’arrière-plan, il fallait quand même oser.

 

Qui a dit qu’on manquait d’inspiration ?

 

 

 

Bien évidemment, tout cela s'est vécu au travers de beaucoup de moments de contemplations visuelles! Retrouvez-en un large extrait au travers de nos 3 albums dédiés sur notre page Facebook!

 

Album Kanazawa -  La capitale des plus beaux jardins

Album Takayama - Un peu plus loin dans les montagnes

Album Matsumoto - Mmmmaaaaatsumotooooooooo !!!

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