Kuala Lumpur – Comme un Coup d’un Soir

July 3, 2018

du 01 au 03 Juillet. 

 

 

 

Passer après le Japon est injuste.

 

Cela implique consciemment un regard biaisé, subjectif, un peu dur et sans compassion. Lorsque notre avion atterri à Kuala Lumpur (ou plutôt, à une heure de taxi de la capitale malaisienne) dans la pénombre du tout petit matin, les nuages noirs qui se chevauchent dans un ciel d’apocalypse n’aide en rien notre appréhension initiale. Et lorsque se dessine au loin les tours jumelles emblématiques, la tête perdue dans la pluie battante, rien ne semble nous motiver à trouver un peu de plaisir par ici…

 

Heureusement, la magie du voyage opère bientôt : il suffit de quelques rayons de soleil pour rapidement sécher l’atmosphère, puis laisser les odeurs d’épices envahir nos esprits. C’est que notre camp de base pour cette paire de jours se situe à la jonction de Chinatown et de Little India, 2 des quartiers les plus authentiques de la ville, et un vrai bond dans le temps pour moi. La rue de notre point de chute est l’Inde que je reconnais, l’Inde que j’ai adoré puis fui quelques 14 ans plus tôt : bordélique et sale, enivrante et exaltante à la fois. Je m’enthousiasme et tente de partager ma ferveur naissante avec mes femmes, encore un peu sous le coup de la gueule de bois du départ du Japon. Une rapide visite du très sympathique Marché Central « Pasar Seni », et je sens l’encéphalogramme reprendre du jus chez tout le monde.

 

Revigorés et bien décidés à finalement en profiter au mieux, nous décidons de marcher jusqu’à notre visite suivante : l’incontournable aquarium de Kuala Lumpur, situé opportunément aux pieds des deux tours Petronas, dont Nathalie souhaite admirer l’illumination à la nuit tombante.

 

Et donc, nous marchons. Oh, pas très longtemps, une grosse paire de kilomètre à peine, une broutille ; le centre-ville de Kuala Lumpur a cela pour lui qu’il est à taille humaine, et qu’il est tout-à-fait possible d’aller d’un point a à un point b à pied, en se permettant même un crochet vers un point c sans trop suer (si ce n’est à cause de la chaleur moite et étouffante). Pas très longtemps, donc, mais cependant bien assez pour retomber un peu dans une certaine forme de résignation, voire d’amorphisme fataliste. Le ciel est redevenu gris, et les rues le sont tout autant : malgré quelques véritables pans de jungle primaire plantés ça et là, le béton sale, le verre et l’acier prédominent. Les déchets typiques d’Asie du Sud-Est jonchent les bas-côtés, les odeurs piquent parfois au nez, les chantiers se succèdent, la chaussée est dangereuse et sans plus aucune forme de la courtoisie encore ressentie quelques heures auparavant ; elle est pourtant inévitable tant la ville semble avoir une aversion pour les trottoirs (et le piéton en général, d’ailleurs).

 

Si la visite de l’aquarium nous rend un semblant d’envie / de vie, l’orage qui s’abat sur nous à la sortie nous fait réviser nos plans : retour à Little India au pas de course, traversée d’un marché chinois complètement dispensable (les coups de cœur du Lonely Planet nous font parfois vraiment bien rigoler…), puis repos bien mérité après une nuit passée à prier dans l’avion (oui, le vol fut un peu secoué…). On se dit que nous ne sommes pas dans de bonnes dispositions, qu’une bonne nuit nous remettra les yeux et les envies en face des trous, et qu’on réserve notre jugement définitif sur la capitale malaisienne pour le lendemain.  

 

Sauf que le lendemain, le soleil de l’aube est à nouveau rapidement pris en tenaille par de sombres nuages, et qu’un nouvel orage, presqu’aussi violent que celui de la veille – du genre à voir Adèle s’accrocher à mon short à chaque grondement – nous intime de limiter nos velléités de découvertes. Après avoir un peu erré au hasard entre les gouttes eous démarrons donc seulement véritablement en milieu d’après-midi, avec pour seul objectif l’illumination des tours jumelles.

 

La réticence initiale des filles quant à cet ambitieux programme (hum) est rapidement balayée à la découverte de l’immense plaine de jeu située dans le parc attenant, avec modules, toboggans et même un bassin de barbotage de la taille d’une piscine olympique, ou presque. Bassin témoin de notre première vraie plongée dans le monde musulman, bien davantage que les élégantes djellabas et autres burqas croisées çà et là en rue (et qui auront déjà suscité pas mal de questions des filles, d’ailleurs) : nous comprenons en effet aux sifflements aigus et à la gestuelle hystérique de la matrone en garde des lieux à chaque fois qu’une femme d’âge « mûr » (comprenez : adolescente et au-delà) approche de l’eau, que celle-ci leur est strictement interdite, et que seuls enfants et papas ont le droit d’y tremper les pieds. Au grand dam de Micheline Nathalie, je serai donc en charge des photos à cet endroit.

 

Puis progressivement, l’attente se mue en contemplation. Les gratte-ciels se parent petit à petit de leurs éclatantes robes de soirée, et tandis que la nuit tombe, c’est toute la ville qui étincelle. Les deux tours jumelles ne sont pas en reste : point d’orgue de ce festival de lumières, elles semblent planter tout là-haut leurs flèches d’or et d’argent, comme un défi à l’obscurité, une victoire de l’homme sur l’ombre.

 

Sur le chemin du retour, on ne reconnait plus trop cette ville terne et triste que l’on arpentait encore quelques heures plus tôt, circonspects et dubitatifs ; elle brille de partout, pas de néons criards du type Chinatown ou Bangkok, non, mais de lumières modernes et bien pensées pour la mettre en valeur juste comme il le faut. Nous profitons d’ailleurs de ce nouvel élan pour un détour sur Jalan Alor pour une de ces séances street food que nous affectionnons particulièrement, et conclure ainsi une soirée-découverte presque parfaite.  

 

Oh, bien sûr, il ne faudra sans doute pas être trop regardant au réveil le lendemain, entre grisaille, poussière et chantiers. Si j’osais la comparaison (et donc, j’ose, bien que je parle ici d’une chose qui m’est totalement inconnue…) : Kuala Lumpur, c’est un peu cette fille que l’on drague légèrement bourré lors d’une nuit de débauche. Dans l’œil vitreux du mâle en chasse, elle finit bien par plaire, toute parée qu’elle est de ses jolis autours, le maquillage frais pour masquer les imperfections, l’allure aguichante et l’œil frétillant. L’homme finit par la ramener, consentant coup d’un soir, coup du soir ; puis le jour qui se lève, l’œil qui s’ouvre, face contre face, éveillé par l’haleine fétide du petit matin, et l’horrible réalité qui frappe l’âme et l’amour propre : dans sa fuite quatre à quatre, pantalon sur l’épaule et chaussures à la main, l’homme promet que jamais, plus jamais, il ne boira.

 

Jusqu’à la prochaine fois, en tout cas… ^^

 

 

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