Pulau Tioman – La Fable du Tigre et de la Mouchette

July 18, 2018

Du 08 au 18 juillet. 

 

 

Dire qu’on l’attendait comme le messie, cette halte insulaire, ne serait pas tout à fait correct.

 

D’un côté, après le grand marathon de ces dernières semaines (de ces derniers mois ?) qui nous a vu tout de même enchaîner quelques 70 étapes asiatiques en presque 200 jours (dit comme ça, ça peut faire peur…), une pause à ne rien faire du tout, doigts de pied en éventail sur plage de sable blanc, ça sonnait plutôt pas mal ; surtout histoire de ne pas rentrer dans nos pénates sur les genoux, physiquement et mentalement usés jusqu’à la corde.

 

D’un autre côté, depuis le moment où nous avions décidé d’improviser ce crochet malaisien, nous savions pertinemment que cette pause farniente marquerait la fin de l’aventure, ou en tout cas nous en rapprocherait dangereusement. D’où une certaine mélancolie presque palpable une fois sur place, dans nos échanges, dans nos silences, jusque dans nos éclats de rire, tandis que le bruit des vagues et la jungle qui nous domine de toute sa verte et magnifique immensité nous enjoignent d’en profiter. Mais nous n’en sommes pas directement arrivés à ce point-là.

 

 

Nous avons en effet et tout d’abord débarqué sur la plage de Paya après une nuit anecdotique à Mersing, petit village de pêche brouillon et défraîchi (un peu à l’image de la Malaisie que nous avons parcourue jusqu’ici) qui ne vaut véritablement que par son ponton menant, après 2 heure de ferry, à l’île de Tioman. La plage de Paya n’est pas non plus réputée pour son étendue de sable blanc, mais plutôt pour ses spots de plongée ; pourtant, Nathalie ne le sent pas, fatiguée qu’elle est, et peu encouragée par la mer grise et le temps un peu grognon. Durant la paire de jours que nous passerons ici, nous tenterons donc surtout de trouver un morceau de plage qui ne serait pas en chantier – avec grues, bulldozers, scies circulaires et marteaux en usage continu afin de satisfaire les besoins expansionnistes chinois – pour pouvoir nous y détendre tant bien que mal et laisser les filles exulter. On appellera ça une légère erreur d’itinéraire, bien que si plongée il y avait eu, notre perception (ou surtout celle de Nath) eut sans doute été très différente.

 

Nous quittons donc rapidement Paya (c’était prévu comme ça, ne le sentant pour ma part pas du tout depuis le début de mes investigations de logement) pour rejoindre la côte Est de l’île et la plage de Juara où nous avons planifié de passer une semaine complète. Juara est surtout réputée pour ses vagues en rouleaux principalement d’octobre à février – un festival international du surf y est d’ailleurs organisé une fois l’an. Cela a l’avantage de faire fuir les masses en quêtes de LA plage de leurs rêves – et par masses, j’entends les ferrys de Chinois vociférants et de Singapouriens presque tout aussi bruyants, mais qui restent les uns comme les autres sur les plages Ouest, apparemment bien plus adaptées à leurs « attentes ». Sans doute aussi que la nécessaire traversée de l’île en quatre-quatre pour en atteindre l’autre bout les rebute, effrayés qu’ils sont de devoir affronter la terrible jungle tropicale et l’ascension fulgurante à de sommets de près de mille mètres d’altitude sans complément d’oxygène en bonbonne.

 

Fort heureusement donc, une fois sur place, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que Juara, c’est l’anti-Paya. Une plage gigantesque de plus de 2 kilomètre de long sur laquelle quelques timides vagues d’une mer bleue azure viennent s’échouer, la jungle infinie qui s’élève juste derrière comme un mur gigantesque et impénétrable, et – surtout à l’extrémité Sud de la plage (à privilégier à tout prix si vous êtes de passage), celle où par chance nous avions choisis sans trop le savoir de nous poser – un calme et une sérénité qui invitent à cette oisive détente que nous appelions de tous nos vœux. Pour ce que nous cherchions, l’endroit est juste parfait : l’immense plage et la mer juste légèrement agitée sont un terrain de jeu parfait pour les filles, qui entrecoupent leurs journées par quelques visites éducatives et quelques participations bénévoles (nettoyage de la plage, bannissement des pailles au repas,…) au centre de protection des tortues marines situés à quelques pas de notre bungalow.

 

Nathalie, sans nulle doute encouragée par l’ambiance feutrée et beaucoup plus engageante de l’endroit, retrouve du poil de la bête (au sens figuré, hein… on est parti depuis 7 mois, certes, mais on assure le minimum d’hygiène tout de même !) et enchaîne les plongées malgré une mer parfois capricieuse – accompagnée pour l’une d’elle de Nelle qui, après avoir brillamment réussi son baptême à Paya (comme quoi, on y aura quand même fait une chose d’utile…), ne craint plus les grands fonds ni même le roulé-boulé depuis le pont du bateau pour y parvenir. Je m’autoriserai même pour ma part une après-midi de grimpe, expérience qui mériterait à elle seule quelques pages de blog mais que j’évite ici afin d’épargner à nos quelques assidus lecteurs sueurs froides et inquiétudes inutiles : je vous écris bien en un seul morceau, soyez rassurés, et ce malgré les traversées de rapides, les marches d’approche à guetter le serpent, les cordes poussiéreuses et usées, les chutes d’arbres, les fracas de rochers, les millions d’araignées dans chaque prise, les points d’assurage centenaires, les fourmilières à taille humaine, et j’en passe…

 

Au moment de quitter, après une semaine passée bien trop vite, chacun semble avoir voulu laisser sur place, volontairement ou non, un petit bout de lui-même : le bracelet de l’amitié belgo-canadienne de Nelle dans le creux d’une vague (et sans doute à l’heure qu’il est au fond de l’océan) ; le nouvel amoureux d’Adèle – Kelvin-le-surfeur-qui-attend-LA-vague – sur la terrasse de sa guesthouse, bouteille de whisky à la main et guitare sèche dans l’autre (vive le stéréotype) ; quant à Nathalie et moi, un peu de notre peau et beaucoup de notre santé mentale à gratter et griffer le milliard de piqures de mouches de sable qui aujourd’hui encore, près d’une semaine plus tard, nous font nous éveiller la nuit en sueur, hurlant dans une souffle d’agonie « BAUUUUUME DU TIIIIIIIIGRE, BORDEEEEL » jusqu’à ce que l’autre nous le tende dans un geste las – tentative futile d’apaiser pour quelques instants seulement nos terribles démangeaisons…

 

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