Singapour - La Fierté du Père!

July 26, 2018

 

Du 21 au 25 juillet. 

 

J’ai le cœur lourd, l’esprit las et résigné. Le corps anticipe – sans doute inconsciemment – et les premiers symptômes apparaissent : toux, mal de gorge, nausée. Il ne s’agit pas des prémices d’un palu que nous n’avons pas pu éviter. Non ; juste le vent du retour imminent qui susurre ses lugubres auspices à nos oreilles. Bon, d’accord, l’exposition prolongée à l’air ultra-conditionné des centres commerciaux, du métro ou de tout autre espace public cloisonné n’aide pas non plus. En tout cas, pour la première fois en sept mois, je me sens faible, les idées floues, le souffle court comme un boxeur dans les cordes.

 

Il ne nous aura fallu qu’une paire d’heures pour quitter la banlieue de Johor Bahru, traverser la frontière en bus, effectuer les formalités administratives nécessaires, reprendre le bus et atteindre l’épicentre de Singapour. Bien assez cependant pour que Nelle signale son arrivée à la mégapole en régurgitant sur le trottoir de la gare des bus un petit déjeuner que l’on pensait – à tort, vu le débit – frugal. Il faut la comprendre, « ça sentait trop le pain perdu ». Je ne mords pas ; ça sent surtout la fin, et elle l’a bien compris.

 

La première impression n’éblouit pas ; d’autant plus quand le métro nous dépose à une courte encablure de notre logement présumé, un Airbnb théoriquement petit mais fonctionnel. Ce n’est qu’à moitié vrai : il est minuscule, de fait, mais on a fait bien pire en 7 mois de brousse et de bricolage. Par contre, nous débarquons dans un chancre : touffes épaisses de cheveux et de poussière au sol, évier arraché, murs en carton rafistolés au scotch, matelas éventré posé sur un muet d’appoint. Je sens la colère, puis beaucoup déception, notre dernière étape mérite mieux. Nous claquons rapidement la porte pour partir en quête d’un hébergement propre, capable d’accueillir à cette heure déjà bien avancée de l’après-midi 4 pèlerins en quasi dépression pour un prix raisonnablement peu excessif : l’un dans l’autre, ça représente un sacré défi sur le centre de Singapour. Nous optons rapidement pour une auberge de jeunesse au-dessus d’un food-court populaire, casés que nous sommes dans une chambre que ne renierait sans doute pas la prison de Lantin ou, vu la chaleur ambiante, celle des Baumettes. Clairement pas par choix, mais surtout par nécessité, vu l’heure. Nathalie est au bord de la neurasthénie, elle n’envisageait pas ça pour notre ultime halte. Ça sent la fin, et elle le vit mal, son regard plein de larmes figé sur les barreaux jaunes de nos lits superposés.

 

Les quelques jours qui nous séparent de l’avion défilent, rendant à la ville une image plus digne, plus lumineuse, savant mélange de cultures et de religions, d’avant-gardisme mâtiné de tradition. Si l’engouement reprend vite le dessus – surtout parce que nous prenons toujours bien soin de mesurer la chance qui fut la nôtre durant ces mois d’escapade – il plane dans l’atmosphère comme un parfum de fin de règne. Nous passons le temps, soumis et fatalistes à l’idée de l’échéance qui s’approche, trainant des pieds dans l’étouffante moiteur insulaire, admirant et profitant sans fléchir des expériences que l’on se choisit – l’incroyable zoo de Singapour, les jardins de la baie, le croquignolet quartier de Little India, l’inévitable Chinatown – mais sans jamais trop en faire, voire en faisant bien trop peu. Les repas n’ont plus le goût de la découverte, les balades s’enlisent parfois dans des zones de confort que je ne nous reconnais pas, et Adèle qui demande à chaque coin de rue la distance qui nous sépare de la chambre, puisque le retour y marque généralement le dénouement de la journée. Ici aussi, ça sent la fin, et elle n’en estime sans doute pas encore bien la portée – je peux difficilement lui en vouloir.

 

A ceux qui pensaient en apprendre un peu plus sur Singapour au travers de ce blog, je présente mes plus plates excuses. Je n’évoquerai pas ici les mosquées et les prières, les temples colorés, les ruelles animées, les berges bouillonnantes ; je ne parlerai pas des attitudes souvent indifférentes mais rarement austères des autochtones, bien qu’ils soient très difficile à identifier vu l’énorme contingent d’expatriés (indiens, chinois, occidentaux,…) au mètre carré ; je n’exprimerai pas en public l’incroyable fierté qui est la mienne lorsque je regarde mes femmes marchant l’une près de l’autre dans les parcs de la Marina, la tête haute et 7 mois d’images pleins les yeux. La façon dont elles ont brillamment relevé les défis quotidiens d’un voyage au long cours en terres inconnues forgera l’image qu’elles me renverront, aujourd’hui, demain et à jamais. Et si je n’ai pas attendu Singapour pour m’exalter de leur force et de leur énergie, la fin qui approche me permet de relâcher un peu la pression que je m’imposais depuis le premier jour : celle de les ramener en un seul morceau, riches d’expériences incroyables, intrigantes ou insolites qui les marqueront toute leur vie.

 

Je ne sais pas si je l’ai déjà dit (en vérité, si, je sais, mais il s’agit d’une tournure sémantique savamment réfléchie – un peu comme le comique de répétition, sauf que cela n’a ici rien de drôle), mais j’ai le cœur lourd, l’esprit las et résigné. Je dois soigner un mal de gorge qui persiste, et une certaine forme de mélancolie qui s’est emparée de mes pensées jusque dans mes mots. Alors je parle moins (heureusement, diront certains !), et je me refuse à conclure.

Parce qu’une conclusion, dans les ombres qui peuplent ma tête en cette heure morne, c’est un peu comme l’extinction d’une flamme, la mort d’une idée. Et l’idée de base derrière la Petite Escapade est toujours bien vive. La flamme brûle encore, et sans doute même davantage qu’avant car elle s’est propagée : je ne suis désormais plus seul avec mes appétits d’expéditions et de découvertes, avec mes envies de savoir et mes soifs d’ailleurs. Mes femmes élaborent leurs plans, échafaudent leurs rêves, qu’ils soient d’ici ou de bout du monde, chacune à leur image.

 

Et quand j’y pense, le cœur s’allège et l’esprit déjà vagabonde ; parce que rêver d’un nouveau voyage, n’est-ce pas déjà voyager un peu ?

 

 

 

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